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Analyses

Bam Adebayo : de simple role player à All-Star, l’ascension

Source photo : The Athletic

Drafté en 14e position par le Heat, Edrice « Bam » Adebayo était principalement vu comme un freak athlétique, rim runner, bon défenseur. Il ne faisait pas l’unanimité auprès des fans du Heat. Dès ses débuts, nous avons senti qu’il pouvait devenir plus que cela. Cette saison, il l’a prouvé à tout le monde. Retour sur l’ascension de ce pivot moderne.

Si la saison du Heat est si bonne, c’est en bonne partie grâce à l’explosion de Bam Adebayo. Bien sûr, l’arrivée de Jimmy Butler a changé beaucoup de choses, et le coaching de Spoelstra mêlé à l’éclosion de Nunn et Robinson a sa part. Mais le passage d’Hassan Whiteside à Bam Adebayo, deux styles très différents, a permis au Heat de se hisser à nouveau dans le haut de sa conférence. La franchise floridienne pointe actuellement à la 4e place, avec 41 victoires pour 24 défaites.

2018-2019 : le passage de relais

Lors de la saison 2018-2019, c’est toujours Hassan Whiteside qui démarre les matchs, avec Bam en sortie de banc. Mais ce dernier a déjà réussi à gratter du temps de jeu grâce à une bonne saison rookie. Ce n’est pas encore suffisant pour passer devant la tour de contrôle dans la rotation, mais parfois, il faut juste un petit coup de pouce du destin. Fin février 2019, Whiteside se blesse et Spo passe naturellement Adebayo en titulaire. Sur les trois matchs sans Blanc-Côté, Adebayo affiche une moyenne de 5 passes décisives, et se permet un 9-16-6 face aux Nets, dans une large victoire. Il ne sortira plus du 5 de départ. Mieux, sur les 15 matchs joués en mars, il passe à 11 points, 9 rebonds et 3 passes de moyenne. Son match référence ? 16 points, 11 rebonds, 8 passes et 4 contres face aux Wizards.

La machine est lancée, et Whiteside se fait trade l’été même, après avoir activé sa player option, contre Meyers Leonard et Moe Harkless (ce dernier atterrit finalement aux Clippers). Bye le pivot à l’ancienne, bienvenue Bam Adebayo. Avec l’arrivée de Butler, et un roster plus jeune, une nouvelle ère pouvait démarrer à South Beach.

Qu’est-ce qui fait de Bam un joueur si fort ? Pourquoi est-il déjà considéré comme LE pivot du futur ?

La défense

Bam est connu pour ça, et c’est aussi grâce à cet aspect de son jeu qu’il a été drafté. Il est capable de défendre sur les 5 postes, et il l’a montré lors de sa saison rookie, dans une séquence où il se retrouve sur Curry.

Non, Bam Adebayo n’est pas un mismatch en faveur des guards. Observez bien. Rapidité latérale, excellents appuis, ne mord pas sur les feintes. Normal que les fans du Heat présents à l’American Airlines Arena ce jour apprécient.

Même s’il n’est pas très grand pour un pivot (2m08), il a les atouts physiques pour répondre aux plus grands et costauds d’entre eux. Avec une détente sèche de 88 cm, une détente maximum de quasiment un mètre et une envergure de 2m15, Bam est capable de gêner les plus grands. En plus, celui-ci a la chance d’avoir un gros physique : son corps était déjà NBA-ready dès son arrivée en NBA, alors que certains jeunes ont encore besoin de temps pour se muscler un peu. Et ça permet à Adebayo de pouvoir défendre, au hasard, Giannis Antetokounmpo. Lors de leur première confrontation cette saison, Giannis finit en 29-17-9 (mais 8 pertes de balle). Mais si avez bien vu le match, vous aurez remarqué le pivot floridien défend sur Giannis à partir de la seconde mi-temps, et que ce dernier a eu beaucoup de mal à faire ce qu’il sait faire.

Au mois de mars, c’est une tout autre histoire. Face à Bam, Giannis ne score que 4 petits points à 2/11, donne 0 passe pour une perte de balle. (d’après stats.nba.com)

Toujours d’après ce site, voici quelques pourcentages aux tirs de bons joueurs face à Bam :

– Middleton et Siakam : 0 %

– Giannis : 34,8 %

– Porzingis : 27,8 %

– Westbrook : 38,5 %

– Dinwiddie : 36,4 %

Voilà voilà. Si le Heat avait une meilleure défense collective, Bam serait assurément un candidat pour le titre de meilleur défenseur de l’année, en plus de celui de MIP.

La vision de jeu

Avec 5,1 passes décisives par match, Adebayo s’est imposé comme l’un des meilleurs passing bigs de la Ligue. S’il n’est pas encore au niveau de Jokic, Bam réalise d’excellentes passes sur les cuts, notamment lorsqu’il se trouve poste haut. Sa taille combinée à sa bonne vision de jeu et sa précision font de lui un passeur redoutable. Kendrick Nunn et Jimmy Butler se sont régalés toute la saison sur les bounce pass de leur pivot.

Le deuxième aspect, que l’on avait trop peu vu la saison dernière, c’est « Point Bam ». Après un rebond, il aime pousser le tempo, remonter la balle lui-même, offrant certaines possibilités à ses coéquipiers : shoots ouverts, alley-oops, etc. Cela crée un effet de surprise chez les adversaires : peu s’attendent à ce que le pivot adverse remonte la balle aussi vite après un rebond. Car Adebayo sait faire la différence grâce à sa vitesse, peu commune pour des joueurs de cette taille là.

Dans « vision de jeu », il n’y a pas que les passes. Oh non. Cet autre aspect du jeu dans lequel Adebayo a énormément progressé, c’est la lecture de la défense, et l’utilisation des menaces extérieures autour de lui. Bam a bien compris que lorsqu’il a la balle poste haut, et qu’il attend qu’un tireur se libère, son adversaire direct ne s’attarde pas sur lui. Il ne le considère pas comme un danger. Grossière erreur. En utilisant la gravité des tireurs et grâce à un premier pas rapide, Adebayo a réussi à des nombreuses reprises à se frayer un chemin au cercle, récupérant les dunks et and one. Sa vitesse et sa puissance sont un combo létal, lui permettant de finir au cercle malgré les contacts et les fautes. Et quand il se retrouve seul, il ne se fait pas prier pour envoyer un gros tomar.

La mentalité

L’enfance de Bam n’est pas la plus drôle. Il a vécu seul avec sa mère, qui vivait d’un faible revenu de caissière. Adebayo s’est vite rendu compte que sa mère, Marilyn Blount, était dans la galère, et le seul but de son fils était de l’aider. C’est pour cela que, une fois arrivé à Kentucky, alors que Calipari ne lui demandait que du « sale boulot » (écrans, défense), Bam s’entraînait à fond, le soir, sur son handle et ses autres skills. Son coéquipier, un certain De’Aaron Fox, dit que Bam « voulait vraiment être un guard ».

L’excellent Zach Lowe livre une très bonne anecdote prouvant la mentalité de compétiteur de Bam. Payne, assistant à Kentucky, a organisé un dîner entre Adebayo, Calipari et Towns, lui aussi ancien pivot de cette fac, avant un match entre le Heat et les Wolves. Payne, devant tout le monde, dit à Towns : « Vas-y doucement, lui mets pas la honte ». Réponse de KAT : « C’est aux coachs d’envoyer les prises à deux ». L’assistant de Kentucky dira plus tard qu’il sentait la jambe de Bam vibrer sous la table.

A l’entraînement du matin suivant, Spoelstra annonce qu’ils vont doubler sur Towns. Ce à quoi Bam a répondu « Fuck that, pas de prise à deux ». Il a pris la remarque de Payne personnellement, et Towns finit avec l’un de ses pires matchs en carrière : 13 points et 11 pertes de balle. Voilà le type de compétiteur qu’est Bam Adebayo. Sous-estimez le, et il vous mettra la sauce.

Qu’en est-il pour la suite ?

All-Star et candidat MIP dans sa troisième saison, le plafond de Bam Adebayo n’a jamais été si haut. Déjà extrêmement complet, il affiche des moyennes de 16 points, 10 rebonds et 5 passes. Si peu de monde s’attendait à ce qu’il prenne une telle importance dans le roster du Heat aussi vite, tout le monde veut maintenant le voir atteindre son potentiel maximum. Son tir extérieur a un peu progressé, mais n’est pas encore au point. La saison dernière, il a tenté 160 tirs à mi-distance, pour un réussite de 39 %. Cette saison, il a doublé son volume mais pour un pourcentage similaire (via nba shot charts). On sait qu’il a gagné le Skills Challenge grâce à des tirs à trois points, mais en match, son volume est trop faible pour être analysé. Néanmoins, c’est un bosseur et si la saison prochaine il commence à rentrer des trois points, ça s’annonce compliqué pour les équipes adverses.

Adebayo doit aussi comprendre que quand il le décide, il est inarrêtable. Cette saison, on l’a trop vu attendre un démarquage de ses coéquipiers alors qu’il pourrait tout simplement filer au cercle. Est-ce un « bridage » de la part de son coach ? Un altruisme qui le pousse à aller au bout du système annoncé pour un coéquipier ? Un manque de confiance en son dribble ? Bien que bon dribbleur pour un big, Bam a encore besoin de progresser, et cela pourrait être un axe majeur dans son ascension. On l’a déjà vu perdre des ballons parce qu’il s’emmêlait les pinceaux avec des dribbles dans de petits espaces, et c’était l’un de ses défauts. Son handle va être un atout majeur dans sa progression vers les sommets.

Nous avons eu droit, récemment, à un aperçu de ce que pourra être Bam Adebayo dans les années à venir. Remettons le contexte. Miami se déplace à Washington, pour y affronter une équipe qui leur a causé des problèmes pendant la saison, tout ça sans Herro et Leonard, et Butler qui se blesse en cours de match. La rencontre est hachée, et honnêtement, pas belle à voir. Dans le dernier quart-temps, Miami est rapidement mené de 8 points. Mais les floridiens sortent de leur trou pour passer un 25-6 dans les 9 dernières minutes aux locaux. Le principal concerné ? Bam Adebayo évidemment, qui aura marqué ou délivré une passe sur les 25 derniers points de l’équipe. Prise à deux : trois points ouvert. Pas d’aide, deux points ou deux lancers. Il avait décidé de prendre le match à son compte, et c’est ce que les fans du Heat aimeraient voir plus souvent.

Bam Adebayo a explosé cette saison aux côtés de Jimmy Butler, avec une sélection amplement méritée au All-Star Game, avec en prime une victoire au Skills Challenge. Candidat au titre de MIP, la progression du joueur de 22 ans (oui, seulement 22!!) est loin d’être terminée, et on ne serait pas étonné s’il devient l’un des 15 meilleurs joueurs de la planète dans les années à venir. On vous laisse avec ses plus belles actions de la saison.

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